L’actuelle ministre de la Jeunesse s’est fait rembourser des dépenses injustifiées par de l’argent public

La jeunesse doit être la priorité de la relancedéclarait Emmanuel Macron le 14 juillet 2020. Si des fonds du ministère de l’Éducation nationale ont bien été investis dans une obscure association lycéenne pro-gouvernement, de l’argent public a également servi, en 2017, à rembourser des dépenses non-justifiées de la campagne législative de Sarah El Haïry, actuelle secrétaire d’État à la Jeunesse. Pour les lycéens, étudiants et jeunes travailleurs, il faudra encore attendre avant de voir le début de cette “relance“.

Tout commence lorsque Sarah El Haïry, membre du Modem (Mouvement Démocrate), se présente dans la cinquième circonscription de Loire-Atlantique pour devenir députée. Sur les 33.876 euros investis dans sa campagne, 56% soit 19.000 euros vont à un prestataire, la société de communication MBG Ouest.

Or, le “B” du sigle de l’entreprise est celui de Baron ; Adrien Baron, “vieux compagnon de route de [l’actuelle] secrétaire d’État“, jouait “en même temps” le rôle de directeur de campagne de Sarah El Haïry. Il était donc à la fois client – en tant que directeur de campagne – et fournisseur – en tant qu’associé et actionnaire de MBG Ouest. Une pratique à la limite de la légalité.

C’est du côté du frère de Sarah El Haïry, Nadir El Haïry, “responsable logistique” de la campagne, que se joue l’essentiel des frais injustifiés. En effet, pour avoir parcouru 3.420 kilomètres sur les routes de Loire-Atlantique, il a été remboursé de 2.034 euros, alors qu’il n’a lui-même engagé qu’environ 300 euros de frais d’essence ; il utilisait un véhicule prêté par un proche de la candidate.

Voir que le nom sur la carte grise n’était pas le sien n’a pas empêché la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) de rembourser à Nadir El Haïry une somme correspondant à l’ensemble des barèmes fiscaux, qui incluent la dépréciation du véhicule – une Golf cabriolet – les frais de réparation et d’entretien, les dépenses de pneumatiques et les primes d’assurance ; le tout, alors que les seules factures présentées sont celles des frais d’essence.

Dernière zone d’ombre : les trois prêts personnels contractés par Sarah El Haïry, deux de 10.000 euros et un de 5.000 euros, auprès de proches, dont son propre suppléant à l’Assemblée nationale et actuel député de la circonscription, Luc Geismar.

Dans les comptes présentés à la CNCCFP, ces sommes n’apparaissent pas dans la colonne “emprunts des candidats auprès des personnes physiques” mais ont été intégrées au versement personnel de Sarah El Haïry, qui a donc été remboursée par l’argent public sans condition, notamment sans qu’elle-même se voit obligée de rembourser ces prêts comme elle aurait du l’être s’ils avaient été déclarés comme tels dans ses comptes de campagne.

Si les sommes ne sont pas astronomiques, le remboursement par l’argent public des frais déclarés peut être interrogé. Et si la limite de la loi n’a pas été franchie, ce que seule une enquête approfondie pourrait confirmer, l’éthique devrait commander aux candidats, députés et ministres de présentés des comptes plus sincères que ceux déclarés par Sarah El Haïry il y a trois ans.

La CNCCFP, qui a opéré le remboursement des frais de campagne de la députée macroniste en novembre 2017, était alors présidée par François Logerot. Par un décret du Premier ministre Edouard Philippe et un arrêté du 30 mai 2018, avec effet rétroactif au 1er janvier 2018, sa rémunération en tant que président de la CNCCFP a été augmentée de 35,6%. Il a été remplacé à ce poste par Jean-Philippe Vachia en 2020, nommé par décret du Président de la République.

Benoit Delrue, le 10 novembre 2020

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