Les lycéens pro-Macron sont arrosés d’argent public, les opposants de gaz lacrymogène

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, le 3 novembre 2020 à l’Assemblée nationale.

La semaine dernière, de nombreux lycéens se sont mobilisés à travers la France pour protester contre les mesures gouvernementales, et particulièrement l’absence de consignes sanitaires protectrices face à des classes surchargées où le virus peut circuler très rapidement. Tant et si bien qu’avec une action coordonnée vis-à-vis des enseignants, un nouveau protocole a été arraché à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation, permettant aux lycéens de suivre les cours à distance.

Ces lycéens se sont vus fortement bousculés par les forces de l’ordre, encerclés, verbalisés, aspergés de gaz lacrymogène, le tout alors que de nombreux enseignants dont le premier syndicat de l’enseignement secondaire, le SNES-FSU, et la Fédération majoritaire des parents d’élèves FCPE, soutenaient les actions pacifiques des lycéens.

Coups de matraque et “lacrymo” au lycée Colbert du Xème arrondissement de Paris, des tirs de LBD (lanceurs de balles de “défense”) directement sur des lycéens à Saint-Nazaire, en somme une répression “complètement disproportionnée d’après Frédérique Rolet, professeure de lettres et secrétaire générale du SNES-FSU.

Un tout autre traitement de faveur est, “en même temps”, réservé aux lycéens… pro-Macron. Dans un article précis intitulé “Le syndicat lycéen chouchou de Blanquer dilapide l’argent du ministère“, Mediapart explique longuement comme Avenir Lycéen, une organisation pro-gouvernementale créée en 2018, a reçu 95.000 euros en 2019 et en 2020 directement du ministère de l’Éducation nationale.

L’association ultra-marginale, qui ne disposait que de 138 euros en caisse au 19 novembre 2019, “a vu atterrir sur son compte en banque la coquette somme de 65 000 euros en provenance du ministère” relate Antton Rouget, l’auteur de l’article. Les deux tiers de la subvention étaient destinés à l’organisation du congrès fondateur de ce pseudo-syndicat, congrès… qui n’a jamais eu lieu.

En lieu et place, les dirigeants d’Avenir Lycéen ont “dégainé la carte bleue” pour des frais de bouche ou d’hôtellerie, dans des bars et hôtels de luxe ; “un iPad, un iMac et un vidéoprojecteur sont aussi achetés, neufs, pour 8 411,93 euros dans un magasin spécialisé à Lyon“.

Le ministère assure à Mediapart qu’il vérifie “de manière globale, [que] les actions subventionnées sont effectivement réalisées” – alors que le contrat liant Avenir Lycéen au ministère, stipulant que les deux-tiers de la subvention 2019 soient consacrés au congrès de l’organisation, n’a pas été respecté, ce que ne peut ignorer l’administration de Jean-Michel Blanquer.

L’organisation prétendument “apolitique” a alors été “sensibilisée au bon usage d’une subvention publique” par le ministère dirigé par Blanquer, au courant de cette utilisation plus que discutable de l’argent publique, et qui n’a pas hésité à réitérer le (sacré) coup de pouce financier avec 30.000 euros supplémentaires en 2020, soit la somme réclamée par l’association.

Face à une telle gabegie d’argent public de la part d’une organisation se présentant comme “le think tank de la vie lycéenne” et cumulant 355 abonnés sur Facebook, Jean-Michel Blanquer continue de chanter publiquement sur les réseaux sociaux les louanges d’Avenir Lycéen, un groupuscule très start-up nation-compatible.

Benoit Delrue, le 9 novembre 2020

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