Pourquoi “boycotter les médias” est absurde et contre-productif

Boycotter les médias” est une consigne régulièrement lancée sur les réseaux sociaux, partant de la partialité et de l’inutilité des médias dominants, donc de bonnes intentions.

Pourtant, cet appel n’amène pas à grand chose, autrement dit immobilise celui ou celle qui cherche à se l’appliquer, et cela pour trois raisons majeures :

Premièrement “les médias” ne sont pas que les chaînes de télévision, ce sont aussi les journaux, les radios et l’ensemble des sites internet d’information ;
Par conséquent, deuxièmement, l’essentiel de ce qui circule sur les réseaux sociaux provient de médias, donc tenter de les boycotter pour ne garder que ce que les algorithmes de Facebook et compagnie nous réservent c’est rester dans une zone de confort sans vraiment boycotter les médias ;
Troisièmement enfin, le journalisme, contrairement à la communication, a pour fondements pratiques le recoupement et la reconstitution des faits, ce qui est irremplaçable pour une information de qualité, et le journalisme ne peut s’exprimer que par les médias.

Exemple de visuel d’appel au boycott des médias tournant sur les réseaux sociaux.

En somme, il est bien plus utile, de surcroît pour un esprit critique, de continuer à s’informer tout en ayant en tête que toute présentation de l’actualité est subjective, car la mise en lumière de certains faits au détriment d’autres et l’emploi de certains termes au détriment d’autres sont subjectifs. Ainsi vaut-il mieux garder une relative distance mais un lien tout de même avec les principales sources d’information sans en exclure a priori – et si certains acceptent de se coltiner des médias au discours diamétralement opposé à leur pensée, pour mieux en décrypter la propagande, c’est tout à leur honneur.

D’une manière générale, il vaut mieux prendre en compte, pour se faire sa propre idée sur un événement, un phénomène d’actualité ou plus globalement le monde qui nous entoure, différents points de vue. Cela implique d’accepter l’altérité, le regard d’un autre, d’un spécialiste prétendu ou avéré d’une discipline que l’on maîtrise moins et qui peut apporter, par ses connaissances et son analyse, des éléments importants sur ce qui nous concerne au premier chef.

Prenons, pour terminer, l’exemple de la forge. Comme chacun sait, c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Mais sans le chimiste et l’ingénieur, qui ont apporté leurs connaissances scientifiques et techniques, il n’aurait pu y avoir un perfectionnement concret de la métallurgie, des gains de productivité impensables avant eux et une amélioration sensible du travail du forgeron.

Voici pourquoi l’altérité, la confrontation à des points de vue et des pratiques qui ne sont pas les nôtres, sont de puissants vecteurs de développement de la connaissance humaine, de la construction d’une identité personnelle et collective, de l’émancipation par l’esprit critique et finalement, d’épanouissement.

Benoit Delrue, le 11 novembre 2020

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